Une exposition de pièces uniques de joaillerie,
où l’on découvre que le petit Poucet avait seulement sept ans lorsqu’il échappa au géant,
et que Shéhérazade aurait  probablement été une excellente thérapeute...,
où l’on apprend que les «vrais » bijoux sont magiques,
où l’on comprend, enfin, qui est le « Maître du feu »,
où l’on se dit que Blanche-Neige et la Belle au Bois Dormant n’ont peut-être pas « perdu » leur temps en vain,
où l’on se quitte sur une histoire qui finit bien !
 

Pour cette première exposition organisée à LA JOAILLERIE et consacrée aux contes de fées, ce sont vingt oeuvres singulières et originales que Karl et Robert MAZLO ont choisi de nous livrer comme autant de réinterprétations personnelles, tout droit sorties de leur imagination.

Ne cherchez pas ! Vous ne trouverez parmi les oeuvres exposées aucune bague de princesse et moins encore de diadème grandiloquent. Ici, point de place pour la mièvrerie, car c’est le Merveilleux, le vrai, que nos deux artistes ont convoqué, à grand renfort de symboles, de codes et de références appartenant au Grand Imagier Universel.

 

 

Car confronter Joaillerie et Conte, c’est d’abord dresser une passerelle entre deux médiums a priori étrangers l’un à l’autre mais dont la fraternité se perd dans la profondeur des Âges. Tous deux poursuivent en effet le même but : celui de permettre à chaque individu, pris dans le flux perpétuel et ininterrompu du temps, de donner de la substance au franchissement d’une étape de vie.

Qu’est-ce, en effet, qu’un conte, si ce n’est le récit d’un passage, une vision allégorique des transmutations intérieures que nous sommes tous appelés à expérimenter au cours de nos existences ? Or s’il est un objet entretenant un lien étroit, voire consubstantiel, avec le rite de passage, c’est bel et bien le bijou, véritable marqueur du temps et de l’individualité.  

Cette exposition vise donc essentiellement à réhabiliter ces deux formes d’expressions artistiques en donnant à voir "au-delà" de la valeur qui leur est habituellement prêtée. À l’au-delà du récit enfantin répond ainsi l’au-delà de l’objet de parure. Tous deux sont ici envisagés comme des portes d’entrée, des voies d’accès à une forme de connaissance ancestrale et universelle que leur apparence ne trahit pas.



À propos des liens mystérieux entre bijoux et sacrifice

La maternité est le but et l’accomplissement de la femme hindoue. Porter des fils dans son sein est une tâche sacrée et la justification même de son existence. Aussi, la femme stérile est une abhorration pour ses proches et une honte pour elle-même. Une femme qui n’a pas de fils doit supporter sans se plaindre qu’une rivale donne à son mari ce qu’elle-même a été incapable de lui apporter.

Se détacher ensuite de ces fils-accomplissement de- sa-vie, au moment où ils n’ont plus besoin de sa protection maternelle ; rompre ce lien étroit et fort qui les unit est souvent un déchirement aussi grand pour l’enfant que pour la mère. La femme doit par conséquent apprendre de bonne heure à pouvoir se séparer du fruit de sa vie et de son corps.

Pour y parvenir sans heurt, le Guru la guide à travers un rituel qui débute vers l’âge de cinq ans et se termine au moment où l’enfant rejoint le cercle des adultes. Ce rite, qu’on pourrait appeler « don du fruit », constitue le sevrage de l’enfant et le Guru y représente, en vertu de sa haute autorité l’implacable exigence de la vie et du monde extérieur, ces exigences qui ne peuvent être apaisées que par des sacrifices.

La femme doit lui sacrifier symboliquement les choses auxquelles elle tient le plus, et ceci non seulement une fois mais à plusieurs reprises au cours de sa vie. Elle commence par lui offrir des fruits, ceux qu’elle aime le plus, tout en jeûnant elle-même. Après les fruits viennent les métaux, d’abord les moins précieux et, pour finir, l’or. (L’or qui fait partie de ses bijoux personnels représente, avec ses vêtements, le seul bien dont la femme hindoue dispose en propre.)

La série des sacrifices atteint son point culminant dans une célébration où l’assistance, composée des éléments mâles de la famille et de représentants de diverses castes, symbolisant le monde, accepte le sacrifice du fils par la mère. Celle-ci offre ensuite un festin à la compagnie tout en continuant à jeûner et à se priver d’eau durant toute la journée. 

 Heinrich Zimmer, 1948.