Du 1er au 29 juin 2019, la galerie LA Joaillerie par Mazlo présente une sélection d’oeuvres de Judy McCaig et Jamie Bennett, deux artistes du bijou contemporain qui ont choisi dès leurs débuts de placer le dessin et la peinture au centre de leur démarche.
Comme le suggère le titre de cette exposition, qui se veut une allusion directe au titre choisi par Vassily Kandinsky pour son second ouvrage théorique consacré à la peinture, il s’agit ici de mettre en lumière la dimension picturale du bijou telle qu’elle se trouve exprimée chez ces deux artistes, mais aussi de les faire dialoguer afin de définir ce qui les distingue autant que ce qui les rassemble.

Au travers de la sélection d’une trentaine de bijoux et d’œuvres graphiques, l’exposition met en scène les va-et-vient constants et la réciprocité des influences à l’œuvre entre les différents médiums convoqués par ces deux artistes, que ce soit l’émail et le dessin pour Jamie Bennett ou le dessin et les techniques mixtes pour Judy McCaig.
 
Considéré comme l’un des plus éminents artistes du bijou contemporain, Jamie Bennett est particulièrement connu pour sa maîtrise exceptionnelle de la technique de l’émail. Discipline ancrée dans une tradition ancestrale mais qu’il a néanmoins contribué à renouveler, aussi bien en créant de nouvelles formes qu’en inventant des techniques et textures originales.
Son style graphique, immédiatement identifiable, se caractérise par des lignes fluides, reproduisant toute la fraîcheur d’un dessin à main levée, associées à des combinaisons de couleurs audacieuses et à un réseau de motifs géométriques et abstraits, le tout sur fond d’émail opaque.

Le dessin occupe dans son travail une place à part entière et pour ainsi dire  parallèle à la pratique de l’émail, dont la mise en œuvre est particulièrement complexe et contraignante. C’est d'ailleurs un peu fortuitement, au début de sa carrière d’enseignant et à la suite d’une visite de son atelier qu’une galeriste l’encourage à peindre. Il mènera de front ces deux activités pendant quelques années, avant de donner la priorité au design de bijou et à l’émail qui conviennent mieux à son goût pour l'expérimentation. Il n’en oublie pas pour autant le dessin, qu’il continue de pratiquer tantôt en amont de ses séries de bijoux, tantôt dans leur sillage, chacune des techniques infusant l’autre.


Même s’il confesse volontiers l’influence de Paul Klee et de Jasper Johns, ce sont des références artistiques et culturelles plus lointaines qui constituent ses principales sources d’inspiration : l’art byzantin et médiéval, les arts d’Orient et d’Extrême Orient mais aussi les recueils de botanique et les grammaires d’ornements qui présentent un intérêt commun pour la représentation de la Nature. En privilégiant la dimension universelle du bijou à l’exploration de sa dimension sociale et/ou politique, Jamie Bennett s’inscrit dans une lignée artistique aussi ancienne que l’histoire de l’humanité, celle des interprètes de la nature. Mais cette dernière, telle qu’il l’envisage, a bien plus à voir avec les miniatures persanes qu’avec la peinture naturaliste. C’est en effet à une nature fantasmée, domestiquée, recomposée et stylisée, celle « des parcs et non des forêts » comme il le dit lui-même, que va sa préférence.
Jamie Bennett opère ainsi en glaneur, sans calcul préalable mais bien plutôt au gré de ses errances de lecteur, pour constituer au fil du temps un répertoire de motifs qui apparaissent de manière récurrente au sein de ses différentes séries. Toutefois il ne s’agit pas de reproduire servilement un modèle éprouvé, mais au contraire de décomposer ces motifs en multiples fragments avant de les recomposer, de les associer et de les agréger pour former de nouvelles entités graphiques, uniques en leur genre.
C’est par le biais de cet échantillonnage, par cet assemblage d’éléments qui suggèrent quelques parties d’un grand Tout dont l’infini nous demeure invisible, que les œuvres de Jamie Bennett parviennent à s’abstraire de la limite du cadre défini par le format du bijou. Et c’est sous la forme d’une énigme supplémentaire, apposée au revers du bijou que l’artiste ajoute à notre curiosité en jouant sur l’opposition inhérente au bijou, entre intimité et espace public.

 

 

De son côté, la démarche artistique de Judy McCaig se signale dès les premières étapes de sa formation de bijoutière par la volonté de sortir du cadre restreint d’une discipline unique pour explorer la multitude de possibilités offertes par les techniques de la gravure, de la photographie et du dessin, ce dernier constituant l’épine dorsale de sa pratique. Par l’extrême simplicité de sa mise en œuvre, ce medium nomade offre en effet plus que n’importe quelle autre discipline, la liberté d’expression recherchée par cette grande voyageuse.

Une lecture superficielle des œuvres de Judy McCaig paraît suggérer que la nature occupe une place primordiale dans ses sources d’inspiration. Or il semble plus pertinent d’évoquer la notion d’environnements ou de zones d’interaction. Car tout en demeurant totalement absente de la représentation, la figure humaine est ici essentielle. C’est de son regard et de la façon dont elle contemple le monde et entre en contact avec ce qui l’entoure qu’il est question ici.
L’artiste nous propose une cartographie du réel, sous la forme de fragments d’espaces, dont les contours restent flous mais baignés d’une atmosphère familière : les couleurs, la lumière qui joue subtilement avec les surfaces dorées à la feuille ou ponctuées de ces pierres à peine maintenues par des fils évoquent des fragments de lieux et d’expériences autrefois traversés par une présence et rendus à la mémoire.
L’évocation du temps nous est restituée par une utilisation magistrale des patines et des textures, où la rouille avec ses nuances sepia, apporte une tonalité de nostalgie qui n’est pas sans rappeler des friches industrielles, vestiges d’un passé glorieux mais désormais abandonnées à la nature.

On pourrait s’étonner du paradoxe qui a poussé Judy Mccaig à jeter son dévolu sur le format presque exclusif de la broche, sorte de petit écran ou fenêtre grande ouverte sur le monde posée à même la poitrine de son porteur. Mais peut-être est-ce pour mieux se jouer de l’apparente rigidité de ce cadre, qui n’est finalement qu’un lieu de passage. L’oiseau se posant sur sa branche, l’arrière-train d’un animal sortant du champ, les volumes d’une pièce entrant en mouvement comme dans un livre pop-up, tous ces éléments suggèrent un continuum entre le temps et l’espace de la représentation et ce qui pourrait déborder ou s'échapper de ce cadre. Ce hors-champ invisible où se situe l’essentiel, le bijou n’étant qu’un miroir ou l’amorce visuelle et métaphorique d'un voyage en soi.

Chez Judy McCaig comme chez Jamie Bennett, le dessin va de pair avec le besoin de se connecter avec une forme de fulgurance, ce que le psychologue Mihaly Csikszentmihaly appelle le flux créatif. Ainsi Jamie Bennett d’expliquer que les phases pendant lesquelles il se consacre au dessin lui offrent un champ d’exploration indispensable. Manière pour lui de renouer avec la spontanéité du geste et d’échapper à l’aspect « procédural » de la technique de l’émail qui ne souffre aucune approximation.
Chez Judy McCaig, le recours au dessin et à l’écriture, en tout lieu et à tout moment, lui permet d’accumuler des traces, des impressions et des archives visuelles de ses expériences avant de les faire passer par le filtre de sa mémoire et de les retranscrire sous la forme d’associations libres de matériaux. Un lent travail d’incubation succède à la transcription graphique et vient soutenir toute la phase de création pure, qui consiste à passer de l’idée à la réalisation dans la matière.

L’oeuvre graphique porte en germe toutes les potentialités du bijou à venir, mais n’en possède ni la matérialité, ni la portabilité. En oscillant continuellement entre la légèreté du dessin et la pérennité du bijou, Judy McCaig et Jamie Bennett concilient, chacun sur un mode singulier, deux objectifs majeurs de tout artiste : épouser le flux de la pensée créative pour mieux la capturer avant de l’inscrire dans une forme  la fois tangible et durable.

En écho aux oeuvres de Judy McCaig et Jamie Bennett, une invitation a été lancée à Heidemarie Herb. Le visiteur pourra ainsi découvrir une sélection de bijoux issus de la série « Mini Pictures ». L’artiste y met en scène le rapport de l’homme avec la nature, les mystères du cycle de la vie, de la naissance à la mort, tantôt en exploitant la dimension expressive de la couleur, tantôt en adoptant un style qui n'est pas sans évoquer la peinture méditative des lettrés chinois.

 

Exposition 1er au 29 juin 2019.
Vernissage samedi 1er juin, 15-18 heures.


Du mardi au vendredi 14:00 - 19:00.
Le samedi 11:00 - 13:00 et 14:00 - 19:00.

JAMIE BENNETT


Né à Philadelphie en 1948, Jamie Bennett est un artiste et éducateur américain connu pour ses bijoux en émail. Bennett est étroitement associé à l’Université d’État de New York à New Paltz, où il a lui-même étudié, avant d’y enseigner au sein du département Métal pendant de nombreuses années. Bennett a pris sa retraite de l’enseignement en 2014, après trente années passés à SUNY New Paltz.
Récompensé en 2016 du James Renwick Alliance’s Outstanding Educator Award, Bennett a remporté par trois fois le National Endowment of the Arts Fellowship, s’est vu décerné à trois reprises le New York Foundation for the Arts Fellowships ainsi que le Aileen Osborn Webb Award for Fellow of the American Crafts Council. Ses œuvres figurent au sein des collections permanentes de plus de vingt-cinq musées internationaux, dont le Metropolitan Museum of Art de New York, le Victoria and Albert Museum de Londres, le Musée des arts décoratifs de Paris et le Musée de l’Hermitage de Saint-Pétersbourg en Russie.

JUDY McCAIG


Judy McCaig est une artiste écossaise pratiquant l'art du bijou, la gravure et la peinture. Elle vit et travaille depuis 1991 à Barcelone, en Espagne. Née à Édimbourg, elle commence par étudier l’art et le bijou à la Duncan of Jordanstone School of Art de Dundee, en Écosse, de 1975 à 1979. En 1980, elle fait une année de troisième cycle en bijouterie et photographie et obtient une bourse d'étude, la Scottish Education Department Major Travel Scholarship.De 1980 à 1983, elle fait une maîtrise en arts au Royal College of Art de Londres. Après ses études universitaires, elle voyage longuement à travers l'Europe. De retour à Londres, elle étudie la gravure pendant trois ans et installe son atelier. Depuis 2001, elle enseigne à la Massana School of Art de Barcelone et depuis 2009 au Taller Perill, à Barcelone. Elle est régulièrement chargée de cours-invitée dans des écoles aux États-Unis, en Allemagne, au Portugal, en Écosse, en Espagne, au Chili, en Argentine et au Canada. Ses oeuvres figurent au sein de nombreuses collections privées et sont exposées dans des galeries et des musées du monde entier. Elle a participé à de nombreuses expositions pionnières, notamment Jewellery Moves au National Museum of Scotland.

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HEIDEMARIE HERB


Née en Allemagne (Bavière) en 1969, elle obtient son diplôme professionnel d’orfèvre en 1991 à Munich. Elle reçoit ensuite une certification pour l’expertise des pierres précieuses de l’Institut allemand du diamant (DDI). Elle poursuit sa formation au travers de cours, conférences et ateliers. Le symposium de recherche sur l’ambre et la formation DuPont sur les peintures en poudre en 2008 ont marqué un tournant dans son développement artistique. Elle a été la curatrice du  Amber Chamber project aux États-Unis, et a été récompensée par des prix en Pologne, en Russie et en Italie. Ses oeuvres figurent dans la collection permanente du Museum of amber PL, dans la collection du musée du château de Malbork PL, dans la collection permanente de la Cominelli Foundation IT et dans des collections privées en Autriche, aux États-Unis et en Lituanie.

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