À l’heure où Paris accueille la saison culturelle nippone, le hasard veut que l’année 2018 marque également pour le Danemark un anniversaire historique — le 150ème — de ses relations diplomatiques avec le Japon. À cette occasion, la galerie LA Joaillerie par Mazlo et l’association Arketip présentent les oeuvres de deux artistes japonais et danois.
Grâce au soutien de la Danish Arts Foundation, Kaori Juzu et Per Suntum ont en effet été sélectionnés aux côtés d’artistes et designers danois pour participer cette année à un voyage d’étude au Japon.
Pendant ce séjour de plusieurs mois, les deux artistes sont allés à la rencontre d'artisans japonais, pour s’imprégner de leur savoir-faire et de la philosophie qui régit leur approche de la matière et de leur discipline. Au terme de ce voyage a émergé chez chacun d’eux un projet personnel explorant le concept japonais du MA, dont les oeuvres exposées se font l’écho.

Mais qu’est-ce que le MA, ce concept japonais aussi populaire qu’obscur, échappant à toute définition ou traduction satisfaisante ? Noté sous la forme d’un caractère composé d’un soleil encadré par les deux battants d’une porte, le mot ma peut se traduire par « intervalle » ou « distance », aussi bien dans un sens spatial que temporel.

Toutefois, comme le souligne le chercheur Michael Lucken, il faut attendre le tournant du 20ème siècle et notamment les écrits de Masakazu Nakai à partir de 1929, pour que ce terme usuel de la langue japonaise se constitue véritablement en tant que concept au sein du discours critique et esthétique, et ce précisément par un jeu d’échanges et au travers de la circulation d’idées entre Orient et Occident. La notion générique de MAcet intervalle qui sépare tout en reliant — est ainsi régulièrement convoquée depuis les années 60-70 au sein de multiples disciplines artistiques, pour aborder le concept d’espace et d’intervalle à la lumière de la spécificité japonaise.

Or de même que les notions d’interstice et de vide n’ont pas attendu l’émergence du concept du MA pour être valorisées par la pensée et l’esthétique japonaises, les oeuvres de Kaori Juzu et Per Suntum semblent elles-aussi avoir toujours été sous-tendues par ce principe.

Par un troublant jeu de miroir, ces deux artistes ont chacun séparément, à un moment de leur existence choisi d’éprouver la distance qui les séparait d’une culture étrangère, et de faire ce chemin d’Occident vers l’Orient et d’Orient vers l’Occident pour mieux se révéler à eux-mêmes. Dans leur cas précis, le MA pourrait s’interpréter comme un chemin initiatique visant à accéder à la connaissance de soi, en tant qu’artiste, dans la confrontation à l’irréductible différence de l’Autre.

Ainsi chez Per Suntum, l’esthétique minimaliste héritée de la rigueur du design danois se retrouve transcendée au contact de l’Orient par une dimension spirituelle inédite. Celle-ci s’exprime essentiellement à travers l’exploration obstinée des textures et des limites de la matière. Ses oeuvres abstraites qu’il qualifie de « signe intimes » peuvent évoquer la nature mais invitent surtout le regard à parcourir leur surface et leurs reliefs pour mieux se retirer en soi-même.

Il ne s’agit pas pour l’orfèvre d’imiter la nature mais de la recomposer et d’en capturer l’essence sous la forme d’un signe dont le mystère est aussi beau qu’insondable. Les oeuvres de Per Suntum ont beaucoup à voir avec les paysages d’Henri Michaux. Ce sont des « Paysages de la route de la vie plutôt que de la surface de la Terre »…

De leur côté, les trésors émaillés de Kaori Juzu s’offrent comme des micro-révélations imposant une intimité distante et silencieuse. L'artiste alterne ainsi formes pures et assemblages de formes imbriquées et contrastées, subtilement colorées, tout en jouant sur les effets de matité, de brillance ou de rugosité avec un raffinement qui jamais ne s’essouffle. Ce sont là des oeuvres d’une intense simplicité qui semblent nous attirer loin des échos et du fracas du monde.

Cette exposition sera également pour chacun de nos invités l’occasion de donner à voir une facette inhabituelle de leurs investigations plastiques:


Per Suntum présentera une série de quatre sculptures intitulée The Signs of Times and Places, manière pour lui de matérialiser les atmosphères culturelles de l’Asie, de l’Afrique, des États-Unis et de l’Europe à la lumière de son expérience de voyageur.


Kaori Juzu présentera pour la première fois un travail photographique intitulé Portrait de matériau utilisant la technique du sténopé pour donner vie à des formes isolées, comme enveloppées d’un voile atmosphérique. Une autre façon d’évoquer la densité du vide, cet intervalle impalpable et indépassable du MA

 

 

 

Exposition 25 octobre - 23 novembre 2018.
Vernissage  jeudi 25 octobre, 17-20 heures.

Du mardi au vendredi 14:00 - 19:00.
Le samedi 11:00 - 13:00 et 14:00 - 19:00.

 

KAORI JUZU


Originaire de Fukuoka, au Japon, Kaori Juzu est une artiste du bijou contemporain. En 2008, elle termine son apprentissage chez l'orfèvre Per Suntum à Bornholm au Danemark et débute sa pratique artistique personnelle. Elle donne à ses oeuvres le nom de klenodie, trésor en danois. Un terme qui embrasse pleinement la nature de ses sculptures-à-porter, à mi-chemin entre bijoux et objets de contemplation. Son approche est guidée par l'expérimentation et la quête inlassable des qualités expressives de la technique de l'émaillage. Ses oeuvres  figurent au sein de collections privées et publiques telles que le Designmuseum Danmark, le Koldinghus Museum, la Danish Arts Foundation et la Fondation Cominelli.

PER SUNTUM


Artiste joaillier internationalement reconnu, Per Suntum vit et travaille sur l'île de Bornholm au Danemark. Après son apprentissage chez Hans Hansen, il reçoit en 1965 son diplôme d'orfèvre et se voit décerner une médaille d'argent. Il part en 1967 en Irlande où il travaille quelques années chez Rionore avant de quitter l'Europe pour l'Asie. Pendant plus de dix ans, il étudie et voyage entre Asie et Afrique du nord avant de rentrer définitivement au Danemark en 1981. Il reprend alors son cursus d'orfèvre au College for Silversmithing and Jewellery dont il sort diplômé en 1985. Ses oeuvres sont présentes au sein de nombreuses collections publiques et privées et régulièrement récompensées par des prix et distinctions, notamment le Life Long Granting award décerné par la Danish Arts Foundation ou encore le Prix de Distinction de la Fondation Inga et Ejvind Kold Christensen.

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