Douze bijoux, quatre artistes, trois couleurs et un Magnus Opus. L’exposition intitulée The Alchemical Egg explore les trois étapes de la connaissance alchimique, interprétées par deux orfèvres et deux émailleurs. Imaginée par l’historienne de l’art et curatrice Nichka Marobin, en partenariat avec Hannah Gallery (Klimt02) et présentée pour la première fois à Barcelone à l’occasion de JOYA en octobre 2017, cette exposition collective est aujourd’hui accueillie à Paris par la galerie LA Joaillerie par Mazlo et l’association Arketip.

L'étude de l’Ars Magna, pratiquée à travers l’Europe, l’Egypte et l’Asie, est arrivée en Europe occidentale grâce à la traduction d'un manuscrit arabe. Dès lors, telle une rivière souterraine, l'intérêt pour cette connaissance et pratique philosophique ne s’est jamais démenti.
Une recherche de la connaissance, une tradition millénaire, une proto-science, une découverte de soi, une quête d'immortalité à travers la création et la découverte de la pierre philosophale et la transmutation de la matière, un stade embryonnaire de chimie, une discipline jugée si obscure qu’on la pratiquait dans le plus grand secret, une sorte de sorcellerie et l'une des clés pour la connaissance de soi, selon Jung: voici quelques-uns des aspects généralement associés à l’Alchimie.

La Chēmeía, qui en grec ancien signifie "alliage", aurait été considérée comme la pratique de la transmutation des métaux en or, mais son but final était d'atteindre la connaissance, la gnose, dans une totale et harmonieuse union avec la nature. L'étude de l'Alchimie, à travers ses trois étapes de connaissance et la concoction d'éléments, transmutait la matière en utilisant le feu comme principal média de transition. Nous nous sommes donc concentrés sur ces passages pour éclairer les œuvres de quatre joailliers contemporains, appelés à représenter leur propre quête de la pierre philosophale.

En suivant ces trois étapes « nigredo, albedo et rubedo », nous avons souhaité inscrire dans notre contemporanéité le cheminement cognitif opéré par l’alchimie à travers l'utilisation du feu, des métaux et des émaux pour observer la façon dont l'intervention des artistes modifie le statut de la matière en concoctant, dissolvant, séparant, distillant, purifiant, fixant. Cette interpolation, réalisée par les Artistes-Alchimistes, tend non seulement à pulvériser le Temps, mais aussi à le fixer dans une oeuvre tangible.

Comment l'humanité (et les artistes en particulier) intervient-elle de façon croissante sur la matière? Et cette intervention sur la nature interne de la matière effectuée par l'Artiste / Alchimiste pourrait-elle être envisagée comme une intervention sur la temporalité? L'alchimiste (et l'artiste dans notre cas) veut-il remplacer le temps? Et ce concept de pulvérisation du Temps n’est-il pas une anticipation de ce qu'est l'idéologie essentielle du monde moderne? L’Alchimiste précèderait-il Homo Faber?

Toutes ces questions révèlent quelque chose que nous ne pouvons pas saisir entièrement. Une situation que l’on retrouve également face aux œuvres de Jheronymus Bosch. Tout ce qui se rapporte à cet artiste semble en effet relever de l’ énigme: les visions, les enfers, les délices; les monstres, les hommes. Notre vision de sa vie se réduit à de très rares documents trouvés dans les archives historiques, qui permettent de suivre sa trace. Ses travaux font toujours l’objet de débats, que ce soit sur le plan chronologique ou de l’attribution. Ses œuvres n’en finissent pas d’exercer leur attrait et de susciter la fascination et aujourd’hui encore nous ignorons pour quelles raisons un roi tel que Philippe II d'Espagne aimait les tableaux de Bosch au point de les collectionner en si grand nombre.

Cet obscur mystère, peint dans des voiles de lumière et d'ombre, juste assez limpide pour être décrit, mais loin d’être déchiffrable, a été clarifié au fil des ans à travers quelques clés de lecture. L’ordre strict de ses triptyques a par ailleurs été révélé, même si dans toutes ces scènes, un centre semble toujours faire défaut.

Les sources d’influence de l’oeuvre de Bosch sont très nombreuses, mais la plus intrigante d’entre toutes est selon nous, liée à l’Alchimie. Oeufs, coquillages, sphères ont été disséminés par Bosch au sein de ses œuvres: à travers une forêt de symboles, ces éléments semblent être liés à l'alchimie et parmi eux, l’emblème de l'œuf, considéré comme le véhicule alchimique, émerge de ses panneaux.

Ainsi, l'oeuf alchimique est-il le commencement - ab ovo - et le terme de notre voyage, rappelant la circularité du temps et de la matière.

 

Nichka Marobin, curatrice.
Amador Bertomeu & Leo Caballero, galeristes @Hannah Gallery, Barcelone.

 

Artistes exposés :

Aurélie Guillaume (Canada)
Gigi Mariani (Italie)
Tore Svensson (Suède)
Wendy McAllister (États-Unis)

ARTISTES INVITÉS


AURÉLIE GUILLAUME

Née en 1990 à Montréal, Québec, Aurélie Guillaume est une bijoutière, émailleuse et illustratrice franco-canadienne. Après avoir obtenu son diplôme de l’École de Bijouterie de Montréal, elle poursuit ses études à l’Université NSCAD où elle se spécialise en design de bijou et orfèvrerie. Après l’obtention de ce nouveau diplôme, elle remporte le premier prix de la 12th National student jewellery competition organisée par la L.A. Pai Gallery au Canada et est présélectionnée pour le prix BKV en Allemagne. Le travail d’Aurélie est exposé à la fois nationalement et internationalement en Amérique du Nord et en Europe et certaines de ses oeuvres ont été récemment acquises par The Enamel Arts Foundation à Los Angeles, en Californie, pour intégrer les collections permanentes.

 

Mon travail célèbre l’histoire de l’émaillage et sa longue tradition narrative qui remonte notamment à l’époque byzantine, où l’émaillage était utilisé pour représenter des icônes religieuses. En utilisant ces techniques traditionnelles, mon travail fait revivre un médium au sein d’un contexte contemporain influencé par le street art, la bande dessinée, le pop art et la contre-culture. En combinant les techniques de joaillerie et d’illustration, mon travail mêle également art majeur et art mineur, tout en transportant les spectateurs dans un monde plus coloré et plus onirique que le nôtre. Au travers du processus d’émaillage, mes illustrations transcendent le domaine bidimensionnel du papier et trouvent une une nouvelle vie dans le monde physique sous la forme d’objets à porter. Avec ce travail, je fais revivre les traditions de l’émaillage, ainsi que la sculpture et l’illustration dans le contexte de la bijouterie contemporaine.

GIGI MARIANI

Né à Modène, en Italie, en 1957, Gigi Mariani termine son apprentissage au sein d’une atelier d’orfêvre en 1983, puis ouvre son propre studio en 1985. Son travail est récompensé entre 2011 et 2015 par plusieurs concours internationaux et ses oeuvres font partie de collections de musées internationaux, de fondations et collections privées.

 

J’ai toujours été fasciné par le potentiel infini qu’offrent les métaux et par l’opportunité de transformer leurs propriétés et leur aspect d’origine afin d’élargir le champ des possibles. Mon travail repose sur la spontanéité et l’instinct. J’essaie de transposer les émotions de tous les jours dans mes bijoux de façon impulsive. Cette méthode me permet de développer des oeuvres à la fois uniques et sculpturales. Je m’efforce d’utiliser le même genre d’approche que lorsque je peins et je traite souvent la surface du métal comme une toile. Cette approche instinctive est contrecarrée par les formes géométriques précises que j’utilise, et tout semble alors retrouver sa place.

TORE SVENSSON

Né en 1948 à Alfta, en Suède, Tore Svensson étudie d’abord à l’école d’art de Gävle puis obtient son diplôme de l’école de design et d’artisanat HDK de Göteborg en 1978. De 1989 à 1996, il est maître de conférence à la HDK avant d’y enseigner comme comme professeur pendant deux ans au sein du département Bijou. Son travail comprend aussi bien des bijoux que des objets et est présenté dans des collections privées et publiques ainsi que dans des musées, partout dans le monde. Il a reçu plusieurs prix, entre autres celui du Swedish Arts Grants Committee et le prix Herbert Hofmann.

 

Au cours de ces vingt dernières années, j’ai exploré le domaine géométrique au travers de mes bijoux. Les projets sur lesquels je travaille s’étirent souvent sur une longue période. Un nouveau projet émerge souvent d’un projet en cours. Le début et la fin d’un projet peuvent être difficiles à discerner. La série consiste en de petits déplacements qui changent d’expression et de contenu.

WENDY MCALLISTER

Les sculpturaux bijoux émaillés de Wendy McAllister sont exposés internationalement dans des galeries, des foires d’art et des musées tels que KLIMT02 Gallery (Barcelone, Espagne), Charon Kransen Arts à SOFA Chicago, SOFA NY et SOFA Santa Fe, SIERAAD Jewellery Art Fair (Amsterdam, Pays-Bas), au Shanghai Jewelry Design Centre (Shanghai, Chine), au National Ornamental Metal Museum (Memphis TN) et au Mint Museum of Craft + Design (Charlotte, Caroline du Nord, États-Unis). Après avoir obtenu un BFA en céramique à l’Université George Washington, elle reçoit avec les honneurs son Post-Baccalaureate Certificate en bijouterie du Maryland Institute College of Art.

 

Dans le monde naturel, l’exubérance vibrante de formes séduisantes et souvent interdites, toutes avec une infinité de textures, leurs couleurs qui s’entrechoquent et leur géométrie sous-jacente, me stimule en même temps que je lutte pour accepter son impermanence.

LA CURATRICE


NICHKA MAROBIN

Nichka Marobin est historienne de l’art néerlandais et flamand. Elle obtient son diplôme de la faculté de Lettres de Padoue (Italie) grâce à sa thèse sur les gravures ornementales de la Renaissance de 1500 à 1550 en Allemagne et dans les Terres basses, centrée sur la migration des formes, des thèmes et des styles dans les gravures de Cornelis Bos, Cornelis Floris II, Lucas van Leyden et chez les petits maîtres allemands. En 2011, elle fonde The Morning Bark, une blogazette sur les arts et sciences humaines, dans laquelle elle publie des articles sur les arts selon une approche multidisciplinaire, associant notamment les beaux-arts, les livres, la mode et le bijou contemporain. En 2014, elle débute un projet appelé Les Métissages, développant le concept de migration des formes et des idées en juxtaposant bijou contemporain et créations de mode: en mettant en regard des créations anciennes et nouvelles, issues de la mode, et des bijoux contemporains, elle donne à voir la vie des formes, témoignant ainsi de son existence agitée et mettant en lumière ces deux formes d’Art. En 2015, elle organise l’exposition Les Métissages: une nouvelle grammaire de la beauté dans le cadre de JOYA BARCELONA, exposant à Arts Santa Mónica Barcelona et mettant en scène quatre métissages entre huit artistes dont des bijoutiers contemporains et des créateurs de mode venus d’Italie, Japon, Australie, Hongrie, Pays-Bas, Espagne et Taiwan.
Elle compte parmi les contributeurs du Art Jewellery Forum, plateforme mondiale pour la promotion du bijou contemporain et est membre du programme des Ambassadeurs AJF pour le bijou contemporain en Italie. Depuis 2009, elle est un membre actif de AGC, l’association italienne pour le bijou contemporain.
Sa blogazette, The Morning Bark, est l’un des partenaires médias officiels de JOYA Barcelona, la foire internationale de bijou contemporain et de Gioielli in Fermento, un concours international de bijoux contemporains. Elle est par ailleurs une collectionneuse passionnée.


  • THE MORNING BARK
  • HANNAH GALLERY