Exposition
BERNARD FRANÇOIS
l’esprit neon
Du 17 octobre au 23 novembre 2024, le Fonds de dotation Robert Mazlo pour l’art et le bijou contemporain consacre à l’artiste Bernard François (*1944) sa première exposition rétrospective en France, manière de rendre hommage à cet acteur majeur du bijou contemporain belge, qui fête cette année son 80e anniversaire.
Accueillie par la galerie LA Joaillerie par Mazlo l’exposition aborde en une quarantaine de ses pièces les plus emblématiques quelques cinq décennies d’une oeuvre rare et exigeante. Elle s’ouvre sur une évocation des premières expérimentations sur l’acier inoxydable pendant la période de formation de La Cambre à la fin des années 60, pour se clore au tournant des années 2020, avec des bijoux-objets qui opèrent la synthèse de cinquante années de recherche.
Orfèvre, designer et auteur de bijoux, graphiste, galeriste, commissaire d’exposition et enfin enseignant, Bernard François est un artiste aux multiples casquettes. Pourtant, derrière cette litanie de fonctions, nulle trace de dilettantisme. Il faut dire que l’homme est issu d’une lignée de métallurgistes ; les outils et machines qui peuplent l’atelier familial établi à Nanterre constituent le terreau de son enfance. De là peut-être tient-il son esprit de rigueur et de précision, son perfectionnisme et sa capacité à rationaliser les méthodes de fabrication. De là quoi qu’il en soit son goût pour les formes dérivées de l’univers machinique, pour l’harmonie géométrique et l’esthétique technologique qui irriguent son oeuvre. S’il est certes né en France où il a passé son enfance et la majeure partie de son adolescence, c’est en Belgique que s’épanouit son identité d’artiste et que se déploie l’ensemble de sa carrière.
Exposition
17 octobre > 23 novembre 2024.
Vernissage
jeudi 17 octobre | 18:00 > 21:00
Mardi| jeudi|vendredi 14:00 > 19:00
Mercredi Sur rendez-vous uniquement
Samedi 11:00 > 13:00 | 14:00 > 19:00
Dès ses années d’apprentissage, entre 1960 et 1968, il pose les bases — radicales — de l’oeuvre à venir. Son initiation débute à l’école des métiers d’art de l’abbaye de Maredsous, près de Namur, un établissement de formation en orfèvrerie et sculpture sur bois fondé en 1903 avec pour mission initiale de « former des ouvriers et artisans rompus à toutes les techniques du métier et capables d’exécuter des projets conçus par des artistes ». Mais au moment où Bernard François intègre l’institution, celle-ci a depuis longtemps accru la dimension artistique de son enseignement et nombre de professeurs sont en fait des artistes créateurs – notamment des peintres et des sculpteurs. Plus tard, à La Cambre, à Bruxelles, Bernard François retrouve d’ailleurs son ancien professeur de modelage de Maredsous, le sculpteur Félix Roulin, dont il intègre cette fois l’Atelier Métal. Dans les deux écoles, l’étudiant fait donc son apprentissage à la fois auprès d’artisans chevronnés et d’artistes. Loin d’être un détail, cette réalité déterminera son rapport au bijou, car cette approche non-orthodoxe, débarrassée des contraintes académiques du métier d’orfèvre et surtout de bijoutier, est tout bonnement impensable à la même époque en France. Et c’est en partie cette liberté, trouvée en Belgique, qui lui aura permis de développer un langage formel si singulier.
Bernard François c’est avant tout un vocabulaire plastique reconnaissable entre tous avec en toile de fond une remise en question des attentes traditionnellement attachées au bijou : en particulier le rejet des matériaux précieux et l’utilisation décomplexée des matériaux pauvres ou habituellement réservés à l’industrie.
À cet égard, il s’inscrit dans le sillage d’une certaine avant-garde du bijou qui émerge pendant les années 60 : le néerlandais Gijs Bakker les allemands Hermann Jünger, Gerd Rothmann, Claus Bury ou l’autrichien Fritz Maierhofer entre autres, privilégient eux-aussi les matières plastiques et le verre acrylique soit pour composer des bijoux plus démocratiques, soit pour tirer parti de leur légèreté et de leurs couleurs en les mettant en scène sur des bijoux en or, argent ou acier chromé.
Dès ses débuts, Bernard François décide pour sa part de privilégier le format du pendentif et de faire la part belle à l’acier inoxydable, qu’il associe aux couleurs acidulées du plexiglas. Peu à peu l‘aluminium anodisé, le titane puis des ready-mades ou éléments en matières synthétiques tels que les catadioptres viendront enrichir sa palette.
À partir des années 80, la sérigraphie, consacrée par le Pop Art et medium chéri de la contre-culture avec ses fanzines, ses affiches et ses pochettes vinyles s’invite dans son répertoire visuel. Avec sa compagne Véronique Bertrand, professeure de sérigraphie, il fait l’acquisition d’une presse qui lui permet de donner libre cours à son expression graphique. Ses dessins se déploient désormais sur le plexiglas mais aussi en impression textiles. Il peut également convoquer ses propres icônes Elvis, Ricky Nelson ou Audrey Hepburn.
Mais au-delà des matériaux, Bernard François c’est aussi un répertoire de formes – géométriques, épurées, futuristes – qui caractérisent cette période d’effervescence créatrice comprise entre les années 1960 et la fin des année 80. L’artiste est fasciné par l’univers visuel et musical de la pop culture mais aussi par le monde des sciences et des technologies. En éternel optimiste, il appréhende avec curiosité et enthousiasme chaque saut technologique comme une promesse de progrès. Ses bijoux puisent donc dans le monde matériel de l’époque évoquant l’esthétique des jeux électroniques et d’arcade, des circuits imprimés, des pixels, des réseaux et des CD pour composer des oeuvres à mi-chemin entre la console de jeu et l’instrument de de précision.
Les oeuvres de Bernard François agissent ainsi sur le regardeur comme de véritables petites capsules temporelles tant elles savent capturer l’air du temps. Jusqu’au tournant des années 2000, leurs couleurs acidulées, leurs matériaux synthétiques et leurs formes géométriques restituent parfaitement l’univers visuels de nos enfances cathodiques, bercées au rythme des tubes pop diffusés par MTV. On pense aussi aux structures savantes de vaisseaux spatiaux empruntés au cinéma de science Fiction, le Discovery 1 de 2001, l’odyssée de l’espace ou encore aux combinaisons animéss de couleurs néon de Tron.
À partir des années 2000, ses oeuvres se hissent néanmoins à un niveau de raffinement encore jamais atteint tant par la complexité des techniques mises en oeuvre que dans leur composition.
Entretemps, l’artiste a beaucoup voyagé, notamment aux États-Unis, et pris de nombreuses photos. Il en résulte des objets qui réalisent une sorte de synthèse de l’ensemble de ses expérimentations passées. Plus que jamais évocateurs de vaisseaux et d’instruments de navigation, de voyages sur terre ou sur mer (contre toute attente, l’artiste déteste l’avion), ses oeuvres s’ornent désormais de cartes aux accents rétro, telle Oran, ce pendentif dans lequel point l’influence visuelle du groupe Memphis.
Outre son oeuvre artistique, Bernard François doit être salué pour son rôle de passeur. En 1975, il fonde à Bruxelles la galerie neon, lieu concept avant la lettre qui réunit à la fois atelier, habitation et espace d’exposition. Neon devient non seulement un lieu incontournable de promotion de la scène du bijou contemporain belge mais aussi de l’ensemble de la scène internationale. La galerie privilégie également le dialogue interdisciplinaire et n’hésite pas à inviter stylistes, graphistes, peintres et photographes à croiser leur regard avec les auteurs de bijoux. On doit ainsi à Bernard François de très nombreuses expositions in situ mais aussi une intense activité de commissaire hors-les-murs. En mettant sa voix au service d’une discipline et de ses praticiens de toutes origines, il a su contribuer à la diffusion d’un art complexe et insaisissable, et à infuser dans les imaginaires un peu des rêves portés par l’esprit neon.
Valcke J. et Dupont P.-P. , Bijoux belges contemporains, Éditions Mardaga, 1992.
SÉLECTION D’OEUVRES
BERNARD FRANÇOIS
BIOGRAPHIE
Bernard François naît à Nanterre en mars 1944, dans une famille de métallurgistes fabricants de matériel agricole. En 1960, le collégien quitte la France pour étudier l’orfèvrerie à l’Ecole des Métiers d’art de l’abbaye de Maredsous près de Namur en Belgique. Diplômé en 1964, il poursuit son cursus artistique d’abord à l’institut d’enseignement des arts, techniques, sciences et artisanat (IATA) de Namur puis passe deux années à La Cambre, École nationale supérieure d’architecture et des arts visuels à Bruxelles. Là, il retrouve avec bonheur l’un des ses professeurs de Maredsous, le sculpteur Félix Roulin, dont il intègre l’Atelier Métal. Au terme de ces huit années de formation et de recherche expérimentale, il commence par intégrer brièvement l’atelier du bijoutier bruxellois Fernand Demaret mais au bout de deux années, cette incursion dans le domaine du bijou précieux et traditionnel tourne court. Avec Michel Louwette et Claude Wesel, ses comparses rencontrés chez Demaret, il décide en 1970 de fonder un atelier indépendant dans le quartier de Forest, à Bruxelles. Mais le véritable cap vers l’autonomie est franchi en 1975, lorsqu’il créé la galerie neon, lieu « total » combinant à la fois atelier, habitation et espace d’exposition. Dès lors l’artiste se dote d’une nouvelle casquette pour se faire galeriste et commissaire d’expositions. La galerie neon devient vite un lieu incontournable de la scène du bijou contemporain international dans son expression la plus avant-gardiste et expérimentale. Bernard François multiplie ainsi les projets transversaux en invitant des auteurs de bijoux venus du monde entier et en convoquant surtout d’autres modes d’expression artistiques, tels que peinture, stylisme, photographie et sérigraphie.









