À l’occasion de l’exposition « TRIPTYQUE : La Vie, l’Amour, la Mort » , le blog de LA Joaillerie vous donne rendez-vous avec les artistes participant à l’exposition.

– Pourquoi et comment êtes-vous devenue créatrice de bijoux ?

Mon grand-père cultivait les perles dans la baie d’Ago au Japon. Ma mère a ensuite commencé à créer des bijoux avec ses perles de culture et à les vendre. Elle en a fait son métier. J’ai grandi entourée de perles. Il était donc naturel que je commence à créer des bijoux.

– Qu’est-ce qui rend votre travail si singulier ? Comment en êtes-vous venue à « mettre la vie dans des boîtes » ?

Je pense que les figures humaines faites de minces fils d’or sont caractéristiques de mon travail. Les histoires et les mots gravés sur mes bijoux les rendent également différents.

J’ai grandi à Tokyo. C’est une grande ville. J’aimais regarder les bâtiments à travers les fenêtres du train et me demander quel genre de personnes pouvaient y vivre, quel genre de vie se déroulait dans ces bâtiments. Un bâtiment est une boîte. C’est inorganique. Pourtant, les gens vivent à l’intérieur. Je trouve cela très intéressant. Chaque bâtiment cache tant d’histoires. C’est ainsi qu’a émergé l’idée de mettre la vie en scène à l’intérieur de petites boîtes.

– Diriez-vous que vous êtes avant tout une conteuse d’histoires ?

Je suppose que oui.

– Comment analysez-vous l’évolution de votre travail depuis vos débuts ? Que cherchez-vous à accomplir ?

Au début, je racontais ma propre histoire. Ensuite, j’ai commencé à représenter des personnages dans des espaces publics. Je voulais décrire la vie que chacun de nous vit, ici et maintenant. À l’époque, j’écrivais d’abord les histoires. Maintenant, le processus s’est inversé : je commence par les images visuelles puis j’écris l’histoire qui se cache derrière elles. Je ne sais pas où je vais, mais ce que je veux toujours exprimer, c’est la vie quotidienne que l’on juge ordinaire ou encore ce rêve caché à l’intérieur de votre cœur et qui est finalement la chose la plus précieuse au monde, tout comme un bijou.

 

 

Apartment Jewelry, bracelets, 2005.

 

 

Ce que je créé est très différent de ce que font les autres. Il me faut beaucoup de temps pour réaliser une pièce. Au final, elle doit être belle, à la fois visuellement et spirituellement, en tant qu’ histoire, en tant que bijou et en tant qu’objet.

Je m’occupe de tout. Je ne peux donc pas créer énormément d’œuvres. Peut-être trois oeuvres par an. Mon souhait serait de voir mes collections d’archives présentées dans un musée sous la forme d’une exposition personnelle. J’aimerais que les gens prennent le temps de regarder mon travail, de l’examiner attentivement et de le laisser pénétrer leur imagination. Je suppose que c’est cela mon but.

– Outre votre carrière d’artiste, vous avez une activité de conférencière en design de bijou au sein de la Jyoshibi University of Art and Design. Cela influence-t-il votre travail et si oui, de quelle façon ?

Pas vraiment. Il s’agit d’une petite classe qui a lieu en été. J’y enseigne la sculpture à des étudiants adultes. C’est une introduction à la technique de la sculpture sur cire. J’aime parler avec mes étudiants de leurs rêves, de l’amour, et de l’avenir. Pour moi il est plus important de partager des idées que de m’en tenir à l’enseignement des techniques. Je les encourage à exprimer ce « moi maintenant » au travers d’une oeuvre à exposer sur leur doigt. J’attends d’eux qu’ils regardent à l’intérieur de leur coeur pour voir ce qui s’y trouve. J’aimerais que cette classe soit pour eux l’occasion d’une introspection et d’engager une réflexion profonde sur ce qu’ils sont.

 

CINEMA!, bracelet, 2016.

– Lorsque vous commencer une création, considérez-vous généralement l’objet comme une pièce que vous pourriez porter ?

Non.

– Pensez-vous que le bijou est un objet de contemplation ou qu’il devrait être nécessairement portable ?

Pour moi, le bijou est un art qui peut voyager sur le corps.

– Portez-vous des bijoux ? Vous souvenez-vous de votre premier bijou ?

Je porte mes bijoux. Mon premier bijou était un pendentif émaillé représentant Mickey Mouse que ma mère m’avait offert quand j’avais deux ou trois ans. Je l’aimais beaucoup et je l’ai toujours.

 

 

A trip to the subconscious, collier (partie centrale amovible), 2009.

 

 

– Qu’est-ce qui vous déplaît le plus dans les bijoux ?

Que les gens pensent que ce ne sont que des bijoux et non un art.

– Qu’est-ce qui est le plus difficile dans la création de bijoux aujourd’hui ?

Le manque de jeunes collectionneurs.

– Préférez-vous un type de bijou en particulier et pourquoi ?

Pour vous dire la vérité, je ne m’intéresse pas beaucoup aux bijoux … Je porte des bijoux parce que j’en créé. Mais si je n’en faisais pas, je n’en porterais peut-être pas.

– Selon vous, quelle est la fonction d’un bijou ?

J’aimerais que mes bijoux soient spirituellement comme une sorte de maison pour celui ou celle qui le porte, un endroit sûr où vous pouvez vraiment être vous-même. Les bijoux devraient être un moyen d’apporter de la beauté à l’esprit des gens.

– Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

La musique. Rêver. La vie quotidienne.

– En tant qu’orfèvre et bijoutière, éduquée dans une certaine tradition de bijouterie, quelle importance accordez-vous aux compétences et au travail de la main ?

Je pense que les compétences sont importantes. Pour ma part, mon travail est entièrement fait à la main.

– Comment avez-vous abordé le sujet de l’exposition Triptyque ? Qu’avez-vous aimé dans ce thème ?

J’ai aimé le thème de l’Amour, la vie, la mort, parce qu’il est en lien avec mes travaux. Mais je n’avais jamais essayé d’exprimer l’idée de la mort dans mes bijoux auparavant. Il m’a fallu un certain temps pour y réfléchir. J’ai pensé aux situations dans lesquelles ces événements se produisent. Et je me suis rendu compte que tous se passaient dans des lits. J’ai donc décidé d’exprimer la vie d’une femme avec ses lits, de la naissance jusqu’ à la mort.

 

MY LIFE WITH BEDS, bracelet, 2017.

 

– Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les pièces que vous avez créées pour l’exposition ?

Les personnages du bracelet sont constitués de fils d’or 18 cts. Mais dans la dernière boîte, celle de la mort, le personnage principal est en argent. Toutefois, son âme, qui est emportée par un ange, est faite en or. Quand j’ai pensé à la mort, je ne l’ai pas considérée comme une fin. Je pense que la vie continue à un niveau différent. Cette boîte constitue en fait le fermoir du bracelet. Lorsque vous l’ouvrez, la partie qui contient l’âme et l’Ange se retrouve séparée de la partie des vivants.

– À quoi travaillez-vous actuellement ? Quel est votre projet à venir ?

Je travaille sur mon exposition personnelle qui aura lieu à la galerie Mobilia à Boston, aux États-Unis, et j’expérimente pour tenter d’utiliser la porcelaine dans mes bijoux.