Pendant toute la durée de l’exposition « Sacrés Outils! », le blog de LA Joaillerie vous donne rendez-vous avec les artistes participant à l’exposition. Au travers d’un portrait-outil, découvrez leur vision de l’outil, leur façon de voir leur métier et le travail de la main.

Lisa et Scott Cylinder se rencontrent alors qu’ils sont encore étudiants en art du bijou et orfèvrerie à la Tyler School of Art de Philadelphie. Depuis 1988, ils dirigent ensemble et avec succès leur studio de création de bijoux d’auteur tout en poursuivant une carrière d’enseignants.  Ils vivent et travaillent à Oley, Pennsylvanie.

 

– Si vous étiez un outil ?
Le crayon représente tout ce qui est important pour nous et à propos de nous ; dur et doux, additif et réducteur, pour colorer ou écrire uniquement en noir et gris. Il représente également un outil archaïque, dépassé (par la technologie) qui est toujours incroyablement pertinent pour nous aujourd’hui en tant que créateurs, à la fois comme un moyen de mettre nos idées sur le papier et comme matériau à intégrer dans nos travaux.

 

– Si vous étiez un geste ?
Ce serait probablement une rumination, semblable à celle du « Penseur » de Rodin. Nos oeuvres, à première vue, sont composées de strates de matériaux et de design. C’est au second regard ou après une étude plus approfondie qu’émerge un concept beaucoup plus profond. En choisissant soigneusement les objets, en les manipulant et en les réinterprétant, nous invitons les spectateurs à participer à notre conversation sur la façon dont les objets utilisés et les techniques employées sont liés et porteurs d’une intention nouvelle et créative.

 

Work-in-progress pour le projet d’exposition « Triptyque: la Vie, l’Amour, la Mort ».

– Quel est votre premier ou le plus significatif de vos souvenirs liés aux outils ?
Pour nous deux, ce sont probablement les établis de travail de nos pères et grands-pères. Encombrés et usés, leur image évoque quelque chose de très nostalgique, au coeur de ce que nous sommes en tant que créateurs aujourd’hui.

 

 

– Quel est votre outil préféré et pourquoi ?
Il n’y peut pas y en avoir qu’un seul, mais ceux transmis par nos familles et qui ont un lien avec les personnes qui les utilisaient avant nous sont probablement nos préférés. Comme le marteau à tête arrondie du grand-père de Scott que nous utilisons presque tous les jours. Il n’a rien de spécial, mais il est vieux et usé et chaque fois que nous le touchons, nous sommes liés à l’histoire de ceux qui nous ont précédés.

– Pourquoi avoir choisi de travailler avec vos mains ? Qu’est-ce-que cela vous apporte ?
Notre relation est complexe car nous travaillons en collaboration et que chacun d’entre nous y est venu chargé de ses expériences propres. Mais nous nous sommes rencontrés dans une école d’art, à un moment où nous étions déjà habités par le besoin et la passion de créer. Travailler avec nos mains n’était probablement pas un choix, mais plus un besoin qui a des racines profondes. Cela nous donne la possibilité de libérer notre créativité d’une même voix. Il y a quelque chose de très primordial en nous dans l’injonction à créer.

 

– Comment considérez-vous l’importance croissante des technologies et des machines (modélisation, laser, etc) et la disparition des savoir-faire anciens ? En quoi cela affecte-t-il votre pratique ou étend vos possibilités ?
Nous considérons les technologies du 21ème siècle comme opposées à la pratique de l’artisanat et à la fabrication à la main. Ces progrès ont certainement leur place dans le monde de la fabrication, de la médecine (prothèses), etc, mais nous constatons que leur place dans le monde de l’Art est limitée et froide, surtout lorsque le processus est évident. À bien des égards, la culture contemporaine semble prospérer sur les raccourcis et les solutions de facilité, et ces technologies permettent et jouent avec cette mentalité. Le fait de fabriquer et d’utiliser des outils est ancien et inhérent à l’ADN de l’homme. Les technologies (impression 3D, CAD, …) finiront, de manière évolutive, par écarter le cerveau humain du processus de création. Les humains deviendront simplement des concepteurs de machines et des opérateurs.

Les nouvelles technologies nous ont fait, en tant que créateurs, réévaluer ce que nous faisons et qui nous sommes. Nous résistons contre les progrès de la technologie et nous créons des œuvres qui sont délibérément liées à l’histoire du travail manuel, au travers des procédés que nous utilisons, des objets que nous choisissons d’intégrer et des références que nous citons dans nos pièces.