Pendant toute la durée de l’exposition « Sacrés Outils! », le blog de LA Joaillerie vous donne rendez-vous avec les artistes participant à l’exposition. Au travers d’un portrait-outil, découvrez leur vision de l’outil, leur façon de voir leur métier et le travail de la main.

Né à Barcelone en 1966, Xavier Monclús est artiste bijoutier. Après avoir étudié l’art du bijou au sein de la prestigieuse école Massana de Barcelone, il voit ses oeuvres exposées dès 1992, dans des galeries et des musées en Europe, aux États-Unis, au Canada et au Japon. À partir de 2013, il décide de partir pour Maó, sur l’île de Minorque, en Espagne, où il vit et travaille.

 

– Si vous étiez un outil ?
Si j’étais un outil, je demanderais à avoir une âme et à me reposer de temps à autre.

 

– Si vous étiez un geste ?
Si j’étais un geste, j’aimerais être précis, élégant et sage.

– Quel est votre premier ou le plus significatif de vos souvenirs liés aux outils ?
Quand j’étais enfant, ma grand-mère m’a donné quelques-uns des outils d’horloger de mon grand-père. Je les garde encore et en utilise certains dans mon atelier.

– Quel est votre outil préféré et pourquoi ?
Je pense que c’est le marteau. Il a une forme très attrayante. Il est en métal et en bois. Il a une forme mince et ressemble à un personnage…
J’aime l’utiliser dans mon travail parce que je suis censé modeler et aplatir le métal. Avec lui, je peux créer des formes tridimensionnelles à partir de plaques métalliques bidimensionnelles. Pour moi, le marteau est une extension du duo cerveau-main et je peux appliquer des gestes très précis et sensibles au métal.
D’autre part, clouer des clous dans le bois est pour moi l’un des plus grands plaisirs au monde…

– Pourquoi avoir choisi de travailler avec vos mains ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?
Je suppose que j’étais destiné à travailler dans une activité manuelle, artisanale, artistique… Être capable de travailler, c’est pouvoir m’exprimer comme artiste tout en apprenant et en développant mon métier de bijoutier.
Travailler avec les mains aujourd’hui est comme un acte de résistance et de rébellion devant un monde tellement virtuel et super technique… C’est revendiquer le passé et notre culture.

– Comment considérez-vous l’importance croissante des technologies et des machines (modélisation, laser, etc) et la disparition des savoir-faire anciens ? En quoi cela affecte-t-il votre pratique ou étend vos possibilités ?

Toutes les nouvelles technologies sont très positives car elles apportent des solutions aux problèmes techniques et nous permettent de gagner du temps. J’aime la technologie tout en étant nostalgique du métier à l’ancienne. Je n’aime pas le fait que la technologie entraîne la disparition des anciens savoir-faire, puisqu’ils sont irremplaçables et font partie de notre culture.
Nous devons nous battre afin que rien de l’ancienne connaissance ne soit perdue. Pour ma part, cela ne m’a pas encore affecté, mais je regrette de voir les écoles fermer des classes de spécialités et de techniques sophistiquées que nous pouvions apprendre auparavant. Les sociétés qui fabriquaient les outils ont également fermé et maintenant nous ne pouvons plus nous les procurer. C’est parfois une perte et nous devons nous adapter en trouvant d’autres solutions. Il nous faut enseigner comment travailler les techniques et enseigner comment créer les outils. Notre attitude est importante et nous devons expliquer que nos créations sont le résultat de notre travail et de notre métier, en plus d’être un travail artistique. Nous sommes les héritiers d’une tradition vieille de plusieurs siècles. Les clients doivent comprendre que ce que nous faisons, c’est quelque chose d’unique et pas un produit industriel.